20/07/2009 15:54 Publié dans A propos de tout (ma chronique dans Le matin) | Lien permanent | Commentaires (2)

A propos de tout

 

 

Lundi

Hors-série « nécro »

Voilà la proposition d’une agence de presse française (réputée) : « Hors-série « nécros » prêtes à imprimer : Mandela, Belmondo, Castro, Aznavour. Je vous propose un magazine-photo  de 44 pages prêt à imprimer à l’annonce de la mort d’un « grand ». Merci de me préciser vite vos quantités pour chacune des 4 nécros … car la mort est au coin de la rue : désolé d’avoir raté Michael Jackson. » Eh oui, c’est le métier. Faut prévoir. Mais je ne me précipiterais pas trop pour commander la « nécro » d’Aznavour qui vient d’être nommé ambassadeur et se porte comme un charme, ni pour Belmondo qui vient de trouver un nouvel amour. Et même pour Mandela et Castro, je resterais prudent. Pour rester dans le genre cynique, je dirais même  que les hors-série « nécro » ne marchent bien que dans les cas de morts tragique, précoces, totalement imprévisibles.  Diana, Michael Jackson, Ayrton Senna.     

 

Mardi

Dalaï Lama.

La plus grande pop-star de ce monde a une vilaine habitude : quand elle se déplace dans un pays pour faire son show, elle veut absolument être reçue par le président ou le premier ministre. Et les présidents, premiers-ministres et autres magistrats, par politesse et par sympathie pour la star, jouent le jeu, généralement, se laissent même décorer d’une écharpe blanche par la star. Mais quand exceptionnellement, ces magistrats disent « non, on a déjà donné ». Ou : « pas cette fois, on est en vacances », comme l’a fait Pascal Couchepin,  cela fait immédiatement un petit scandale dans les médias. Faut pas pousser, quand même. Le Dalaï Lama est sympa, mais il n’a pas plus de droits que d’autres dieux (ou stars)          

 

Mercredi

Millénium

J’ai eu une pensée perverse en fermant le troisième  volume de « Millénium » de Stieg Larsson (ce bestseller planétaire en trois volumes que vous avez sûrement lu aussi): Heureusement  l’auteur est mort juste après avoir terminé cette trilogie. Imaginez qu’il ait survécu et continué son récit. On resterait accros au destin de Lisbeth Salander. Et se fatiguerait encore et encore à lire toute la nuit. On aurait besoin d’une cure de désintoxication.  

 

Jeudi

UNESCO solde

Pas une année sans inscription d’un paysage ou d’un monument suisse dans la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO. Dernier « héritage » inscrit, après Lavaux,  les villes horlogères du Locle et de La Chaux-de-Fonds. Et on parle déjà des sites lacustres. Et pourquoi pas la cathédrale de Lausanne, les murs de pierre sèche du Jura, le Val d’Anniviers, la ville de Morat, et pourquoi pas la Suisse entière ! Si l’UNESCO multiplie à ce rythme les sites, la valeur réelle de cette distinction s’approchera  de zéro. D’ailleurs, selon  la « Convention concernant la protection du patrimoine mondial culturel et naturel » le but de l’Unesco était de désigner des sites culturels et naturels qui sont menacés de destruction ou d’altération, surtout dans des régions où les lois et les ressources économiques ne permettaient pas une protection suffisante. Alors pourquoi l’UNESCO est-elle si active dans le pays qui a les lois les plus sévères en matière de protection des monuments et de la nature ? La réponse est très simple : comme tout est déjà protégé, l’ inscription est une pure opération de relation publique, gratuite. Et qui en profite le plus ? L’UNESCO qui se fait connaitre dans les vallées les plus reculées.  Seule marque présente sur des sites interdites à la pub, parce que protégés. Malins, les managers de l’UNESCO !

 

Vendredi

Accident hygiénique

A Paris, beaucoup de touristes profitent de « Vélib », ces vélos qu’on emprunte au moyen d’une carte magnétique prépayée.  Ce qui frappe : les touristes connaissent mal les règles de la circulation, tiennent d’une main le guidon, de l’autre une caméra vidéo,  touchent ici un bus, brulent là un feu rouge. Et ils ne portent pas de casque !  Même topo à Lausanne-Morges ou Vélib a trouve son pendant sous le nom  « Swiss Roule Bike Sharing » (fallait trouver !). Les municipaux qui font la promotion du truc ne portent pas de casques. Alors que le BPA, les écoles, les parents,  les médecins, la police, tout le monde exhorte les cyclistes à porter un casque, surtout en ville. Pourquoi, bon sang, oublier ce principe et ne pas prêter des casques avec les vélos ?  Par souci d’hygiène, nous répond-on!  Quand le premier cycliste sans casque de « Swiss Roule Bike Sharing » se cassera le crân sur le bord d’un trottoir, on pourra parler d’un accident aggravé pour cause d’hygiène.    

 

Commentaires

Votre commentaire de jeudi sur l'UNESCO est typique d'un certain journalisme d'aujourd'hui dont vous êtes l'incarnation : méprisant les faits et atteint de lémano-centrisme aigu.

Mépris des faits : il y a 10 sites suisses inscrits depuis 1983 :
* Couvent bénédictin Saint-Jean-des-Sœurs à Müstair (83)
* Couvent de Saint-Gall (83)
* Vieille ville de Berne (83)
* Trois châteaux, muraille et remparts du bourg de Bellinzone (2000)
* Alpes suisses Jungfrau-Aletsch (2001, site naturel)
* Monte San Giorgio (2003, site naturel)
* Lavaux, vignoble en terrasses (2007)
* Chemin de fer rhétique dans les paysages de l’Albula et de la Bernina (2008)
* Haut lieu tectonique suisse Sardona (2008, site naturel)
* La Chaux-de-Fonds / Le Locle, urbanisme horloger (2009);
de plus, les sites lacustres sont candidats pour 2011 et seront les derniers sites suisses proposés, notre pays ayant atteint un quota respectable; de surcroît la "mission" et non le but (lisez les textes au lieu de les déformer) " de l'UNESCO en faveur du patrimoine mondial consiste à :
* encourager les pays à signer la Convention du patrimoine mondial et à assurer la protection de leur patrimoine naturel et culturel;
* encourager les Etats parties à la Convention à proposer des sites sur leur territoire national pour inscription sur la Liste du patrimoine mondial;
* encourager les Etats parties à élaborer des plans de gestion et à mettre en place des systèmes de soumission de rapports sur l'état de conservation des sites du patrimoine mondial;
* aider les Etats parties à sauvegarder les sites du patrimoine mondial en leur fournissant une assistance technique et une formation professionnelle;
* fournir une assistance d'urgence aux sites du patrimoine mondial en cas de danger immédiat;
* appuyer les activités menées par les Etats parties pour sensibiliser le public à la préservation du patrimoine mondial;
* encourager la participation des populations locales à la préservation de leur patrimoine culturel et naturel;
* encourager la coopération internationale dans le domaine de la conservation du patrimoine culturel et naturel du monde."

Voilà pour les faits, délibérément déformés par vous sous la pression de cette passion triste qu'on appelle la jalousie lémano-centriste. En effet, Mustair et l'Albula-Bernina sont loin du plateau (quoique vous puissiez vous rattraper avec Berne), CDF-LL sont moches et perdus dans les Montagnes. D'où l'argument que toute l'humanité pourrait devenir patrimoine, qu'on lisait déjà dans votre journal l'an passé sous la plume d'un lecteur lausannois. Vous le reprenez à votre compte, en y ajoutant celui-ci, carrément risible : les sites Unesco interdiraient toute publicité sauf à l'organisme international qui les aurait classés, que vous assimilez à une entreprise privée ("manager") ayant besoin de se faire connaître sur la Jungfrau ou à Müstair.

Je préfère retenir du 27 juin les chaleureuses poignées de main de félicitations pour son dossier exceptionnel que les 21 membres (des cinq continents) du comité UNESCO sont venus donner à la délégation suisse et neuchâteloise dans la salle du Palais des Congrès de Séville, interdite d'ailleurs aux journalistes. J'y étais et, en Chaux-de-Fonnier de naissance et de coeur, entendre le délégué israélien (portant une vieille montre OLMA produite à CDF dans les années 30) être ravi de voir inscrite la ville qui a fabriqué sa montre pour son urbanisme unique, fut, entre beaucoup d'autres, un événement qui rend crépusculaires vos chroniques du Matin.

Le fait est que vous serez toujours, comme tout le monde, le bienvenu à LL-CDF si vous avez le courage, depuis Lausanne, de faire 60 minutes de voiture (ou 75 minutes de train) sur des autoroutes dégagées des bouchons lémaniques. Un Espace de l'urbanisme horloger vous accueille au centre-ville et vous pouvez prendre le temps de vous promener dans ces villes qui sauront, si vous daignez vouloir vous y intéresser, vous rendre moins triste.

Écrit par : Daniel Musy | 23/07/2009

Pour avoir travailler dans l'entourage immédiat d'un neuro-chirurgien, je soutiens votre souhait de faire porter des casques aux cyclistes. Malgré leur laideur. Et en tant que personne encore coquette, je suggérerais aux créateurs de mode en mal de clients de faire preuve de créativité esthétique pour donner ENVIE de porter le casque! Aux femmes comme aux hommes.

Par contre, je me range au côté de Daniel Musy en ce qui concerne l'UNESCO. La Chaux-de-Fonds et Le Locle sont à découvrir, à conquérir et finalement à comprendre. L'UNESCO et surtout l'inscription au patrimoine mondial a donné à ces deux villes l'occasion de montrer qu'elles sont peut-être les cités les plus suisses de Suisse: des villes faites de volonté, comme l'esprit de la Confédération.

Écrit par : Maryse-A. Perret | 27/07/2009

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