10/10/2009 18:23 Publié dans Le Journal (notes quotidiennes) | Lien permanent | Commentaires (6)

Jacques Chessex

 

Cher Jean-Louis Kuffer, 

je ne suis pas Vaudois, je ne connais pas les petites guegerres et les jalousies entre créateurs et critiques,

mais je suis devenu, par hasard voisin de Jacques Chessex, j'ai eu l'énorme chance de faire connaissance d'un homme de qui j'avais une idée complètement faussée par l'image qui en a été projeté par la presse locale. L'image d'un homme austère, hautain, difficile, égocentrique, enfin, tout ce qu'on peut dire de mal d'un grand homme. Et les photos publiées dans la presse ne faisaient que confirmer l'image: un type sérieux, au regard fixe, sans le moindre sourire. J'ai connu un homme qui était exactement le contraire: souriant, charmant, poli, tendre. Jacques Chessex se prenait le temps d'écouter, il offrait son temps, pas seulement au journaliste connu que je suis, mais aussi à la concierge, aux artisans et commerçants de sa rue. Cet homme n'avait que des amis, sauf, apparemment, dans la presse et auprès des écrivains qui ne lui arrivaient pas à la cheville et qui mouraient de jalousie parce que lui, il a réussi, et comment! Le prix Goncourt, un réseau à Paris, des articles dans la presse française et allemande. Par ce seul homme, la Suisse romande a existé dans la littérature française.

Et que faites vous, le jour ou ce grand homme meurt, terrassé par un infarctus: vous dépeignez dans le deuxième paragraphe de votre article un homme qui serait un "forcené": "La querelle, l'invectice, dans les café set les journaux, voire la bagarre à poings nus, n'auront point trouvé de représentant plus acharné".

Vous osez écrire cela au début d'un hommage. Dans le plus grand quotidien d'un canton qui a eu la chance d'exister au delà de ses frontières grâce au rayonnement de l'oeuvre de Chessex.   

Qu'est-ce qu'il vous a fait? Et quand? Les coups de poings, de quand datent-ils?

Avez-vous vu les articles que la presse zurichoise à publié à la mort de l'écrivain Hugo Loetscher, il y a à peine quelques semaines?

Avez-vous suivi avec quel respect et quel reconnaissance les Zurichois lui ont fait les adieux?

J'ai de la peine. Cette petitesse, cette aigreur qu'on lit entre les lignes de votre hommage, m'afflige.

Je vous le dis dans l'émotion, spontanément. Et aussi ému de la mort d'un homme qui a créé une oeuvre immense, qui restera probablement pour longtemps le plus grand écrivain romand.

Bien à vous

Peter Rothenbühler

 

 

 

 

 

Commentaires

Salut Peter. Je lis ces mots avec surprise, me disant que seule ton émotion parfaitement légitime les a enfantés. Mais il n'y a, à mon sens, dans le billet de Kuffer aucun mépris, aucune jalousie, aucune méchanceté. L'invective dans les cafés, Chessex s'en vantait suffisamment pour qu'au jour de sa mort on puisse la rappeler avec une nostalgique tendresse.

La seule pointe d'irrespect, je l'ai sentie dans une finesse par ailleurs bienvenue, lorsque Kuffer dit que Chessex fut le premier Goncourt romand. Tous les "obits" que j'ai lus jusqu'ici ne font que répéter cette mantra "le seul Goncourt, le seul Goncourt", et il y a là quelque chose de suspect, comme si on ne voulait pas parler de son oeuvre, ou de l'homme lui-même, autrement qu'à travers une médaille, elle au moins indéniable. Salut, DL.

Écrit par : david laufer | 10/10/2009

Cher Peter Rothenbühler,
Vous radotez. Il n'y a pas une once de mesquinerie dans ce texte, que j'ai dû reprendre hier en une demie-heure de stress, entre 22h et 22h30,dans un long portrait que j'avais publié de Maître Jacques, qui l'a lu de son vivant et tout à fait apprécié. Nous nous sommes parfois querellés, c'est vrai, et c'était le plus querelleur des écrivains romands, tout le monde le sait à commencer par ses amis. De vrais amis, il en avait peu, contrairement à ce que vous racontez. J'ai été très proche de lui pendant plusieurs années, il m'a trahi et je ne lui en veux plus, il a trahi beaucoup de gens dont il se disait l'ami, parce qu'ils ne faisaient pas ses quatre volontés. La vérité c'est que Jacques était un solitaire, sûrement tendre et bon avec ses tout proches, mais cela c'est à sa compagne et à ses fils de le dire et ni à vous ni à moi.
Ce que vous dites de ses airs sévères sur ses photos, chargeant la presse de cette responsabilité, est ridicule. Jacques surveillait lui-même les images qu'on reproduisait de lui. Lors de l'exposition de Berne, Marius Michaud m'a dit qu'il lui avait fait des scènes afin de ne garder aucune photo où il souriait. Maître Jacques avait une véritable obsession de l'impression qu'il faisait, et j'en souriais, moi. Jacques Chessex était un être, complexe, très attachant par certains aspects, comme vous le dites, très gentil et affectueux quand il était serein et en confiance, mais je l'ai vu insulter des gens, leur jeter des verres de vin à la face (durant sa période alcoolique), il s'est opposé à mon entrée au PEN club sous prétexte que je l'avais critiqué tel ou tel jour, et a été forcé lui-même de quitter cette association de défense de la liberté d'expression dans le monde (!) pour m'avoir injurié devant cette jolie assemblée d'écrivains venus de partout; mais le lendemain de cet esclandre où nous sommes affrontés comme dans une scène de western je lui avais pardonné, bref ne parlez pas de ce que vius ne savez que très partiellement en édulcorant le personnage par naïveté ou conformisme.
Les gens qui portent Jacques Chessex aux nues aujourd'hui, sans le connaître ou sans aimer réellement ses livres, sont soit des conformistes soit des hypocrites. En ce qui me concerne j'ai toujours dit ce que je pensais de ses livres, et c'est lui qui m'a demandé de faire une conférence sur son oeuvre, à Berne, au moment où il a déposé ses archives à la Bibliothèque nationale.
Des imbéciles ont prétendu que je m'étais brouillé avec JC parce qu'il avait refusé de m'attribuer un prix littéraire, ce qui est une pure calomnie. La vérité, c'est que je n'ai pas voulu me soumettre à une manipulation dont il avait la spécialité, par souci de liberté. Il a bel et bien trahi notre amitié, mais cela nous regarde, et je n'estime pas lui manquer de respect en l'évoquant dans ses ombres et ses lumières, aujourd'hui que je pense à lui, alors que les concelébrations convenues se préparent dans le pur style de la récupération. Jacques Chessex était un forcené, et je l'aimais aussi pour ses excès, mais il avait des défauts, des vanités, des jalousies comme tous les hommes de lettres; c'était un écrivain de premier ordre, mais son oeuvre n'atteint pas la hauteur et la noblesse d'un Ramuz. J'ai essayé de concentrer du mieux que j'ai pu, hier soir, avec mes amis de la rédaction aussi stressés que moi, la substance d'un texte de 20.000 signes en un extrait de 3003 signes et demi. Bref,votre leçon si confraternelle et si grotesque quand vous attribuez à Maître Jacques le mérite d'avoiir fait connaître notre canton jusqu'à Paris et peut-être même au-delà, sent tellement le discours de cantine que je vous dis, comme le disait Gilles à je ne sais plus quel politicien de nos villages juché sur son podium et achevant son hymne par un "maintennant il me faut... il me faut", voilà Peter Rothenbühler, notre cher Gilles vous le dit: "il vous faut descendre..."

Écrit par : JLK | 10/10/2009

Chers mortels encore en vie,

Jacques est à côté de moi, nous prenons le frais au balcon du Paradis tout en vous observant échanger vos aigreurs. Je dois vous dire qu'on se marre comme des pti' fous. Jacques est si content d'avoir enfin pu échapper au brouhaha terrestre, surtout quand il a la tonalité des propos de concierges.

Gros zou bizous bizous à tout deux. Allez un bon dodo et demain vous trouverez tous ces mots déplacés et sans importances en regard de l'élévation de l'âme de Jacques au paradis des écrivains.

A bientôt Messieurs. Votre dévoué Gabriel.

Écrit par : Ange Gabriel | 11/10/2009

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Écrit par : blog | 03/09/2011

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Écrit par : new ford | 08/12/2011

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Écrit par : songs download | 31/05/2012

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