11/10/2009 11:54 | Lien permanent | Commentaires (8)

Jacques Chessex II

Cher JLK,

merci d’avoir répondu. Je comprends mieux maintenant. C’est un homme déçu par l’homme

Jacques Chessex qui a écrit cet hommage dont je n’appréciais pas un certain arrière-goût d’aigreur

Vous êtes victime d’une amitié trahie, d’un manque de reconnaissance. D’accord.

Mais permettez-moi de penser qu’au moment de la mort de l’écrivain, on devrait être en-dessus

de ce genre d’émotions personnelles.

 

Vous me dites de descendre, je vous réponds, prenez un peu de hauteur.

 

Je vois bien comme d’autres écrivains (qui n’auront jamais la notoriété de Chessex)

ne peuvent pas s’empêcher non plus de remettre à sa place cette figure de père

qui leur a fait de l’ombre, qui leur a manqué d’affection et de reconnaissance.

 

Prernez l’hommage de

Christophe Gallaz, aujourd’hui dans le Matin dimanche qui commence par dire qu’il

Y a plus grand que Chessex parmi les écrivains romands. Pourquoi ? Pourquoi l’abaisser

si démonstrativement, juste après sa mort ? Parce qu’il était, lui, sévère, même blessant

quand il jugeait les jeunes collègues ?

 

Je comprends et j’apprécie tous les commentaires. Mais je me permets aussi de les interpréter.

J’apprécie d’ailleurs particulièrement vos écrits sur la littérature romande. C’est pourquoi je vous interpelle.

Prenez ma critique pour un geste amical.

 

Il faut parler

De tous les aspect de l’oeuvre, de la vie et de la personnalité du défunt. Mais attendons, bon sang, qu’il

Soit sous terre.

 

Le jour de la mort, nous devons rendre hommage à la grandeur de l’homme, à

A ses qualités, à sa dimension qui dépasse toutes les querelles de bistrots

entre collègues.

 

Avez-vous vu Bernard Pivot au téléjournal de la tsr, hier ? Il a  trouvé les mots justes. Lisez

les grands journaux dominicaux alémaniques. Pirmin Meier dans le « Sonntag » voit en

Chessex le seul auteur suisse contemporain qui aurait mérité le prix Nobel de la littérature.

Pour le critique Manfred Papst de la NZZ am Sonntag, Chessex était le plus important écrivain romand.

 

Comprenez-moi bien : j’avais l’illusion de croire que les collègues vaudois et les journalistes d’ici

devaient être les premiers à rendre un hommage fier à la grandeur, au rayonnement et à la brillance

de cet auteur, de « notre » Chessex qui nous fait tant honneur dans le monde.

 

Quand Dürrenmatt est mort, on ne s’est pas pressé de signaler

qu’il était alcoolique et avait tendance à devenir assez vulgaire quand il avait un verre dans le nez,

quand Frisch est mort, personne n’a mis l’accent sur le côté hautain, méprisant du personnage.

Le monde entier, a rendu un vibrant hommage à l’oeuvre de

ces grands hommes.

 

Voilà. 

Je vous souhaite un agréable dimanche.

 

Commentaires

Absolument. De l'homme il ne faut garder qu'une statue de marbre, un souvenir beau et lisse comme une pierre tombale, et surtout pas une goutte d'humanité, rien qui puisse rappeler qu'un jour cet homme fut en vie, qu'il fut homme avant d'être grand homme, qu'il fut humain et vivant. Enterrez Chessex si vous voulez, mais laissez ceux qui le désirent faire le deuil d'une présence, avant que d'écrire une triste page d'encyclopédie.

Écrit par : Paul | 11/10/2009

peterrothenbuhler, le français, c'est votre langue maternelle ? combien de textes consacrés à feu chessex (du temps de son vivant) trouve-t-on ici-même ?

Écrit par : rat de pâquerette wallon | 11/10/2009

Non, le francais n'est pas ma langue maternelle, vous l'avez deviné. Et alors? PR

Écrit par : rothenbuehler | 11/10/2009

Non, le francais n'est pas ma langue maternelle, vous l'avez deviné. Et alors? PR

Écrit par : rothenbuehler | 11/10/2009

et alors, ET ALORS ? coco est arrivé

Écrit par : bernardo [bewerken] | 11/10/2009

Cher Peter Rothenbühler,

Je vous ai répondu vivement car votre façon de me faire la leçon m'a énervé. J'aurais beaucoup aimé rendre hommage dignement à Hugo Loetscher, que j'aimais àla fois comme personne et pour son oeuvre, mais j'en ai été empêché par l'heure à laquelle on m'a averti de son décès (vers 21h. ce soir-là) et par le manque de place. Pareil pour Jacques Chessex, dont l'hommage qu'il méritait m'aurait pris une journée entière,au moins. Je vous ai expliqué dans quelles circonstances épiques nous avons tenté de faire une page qui se tienne à peu près, dans un délai de moins d'une heure, et comme j'ai horreur de l'injustice je me suis justifié alors que je n'avais pas à le faire. Quant à évoquer les défauts d'un homme au moment de sa mort, je pense que c'est rappeler que cet homme fut un vivant et continue de l'être, pour autant qu'on le fasse sans mesquinerie et sans aigreur. Or c'est de celles-ci que vous m'accusiez, et cela m'a réellement peiné car il n'y avait selon moi pas une once, dans ce texte, d'aucun esprit de jalousie ou de vengeance; et c'est bien ce qu'ont ressenti divers amis qui me connaissent et qui connaissaient Jacques. De celui-ci, je garde un souvenir lumineux à cause de ses livres et à cause d'un moment de grâce )(entre tant d'autres avant celui-là) qui m'a fait revenir lui serrer la main un matin d'il y a quelques années, alors que nos relations étaient au plus froid. C'était au festival de philo de St Maurice, il venait de prononcer, devant les collégiens, un Credo radieux dans le soleil du matin. Malgré que ça me coûtait de faire le premier pas, je suis allé lui serrer la main, il m'a dit en être profondément touché et j'ai vécu ce que je préfère au monde: la réconciliation. Comme je crois que le vrai moi est dans nos oeuvres plus que dans nos turpitudes, et que j'ai toujours défendu sincèrement ses livres que j'aimais et critiqué ceux qui me semblaient plus fabriqués, j'estime avoir toujours été fidèle à ce que je crois (peut-être à tort) le vrai poète qu'il était évidemment, dont la réelle grandeur sera mesurable plus tard. Tout récement, nous nous sommes de nouveau perdus de vue, car je n'ai guère apprécié le marketing douteux dont il a accompagné la promotion d'Un Juif pour l'exemple, ni la façon déplaisante qui l'a fait dénigrer l'ensemble des auteurs de ce pays pour se vanter d'être le seul à camper à telle sommitale hauteur. Si c'est prendre de la hauteur, cher confrère, que célébrer un pontife autoproclamé, qui n'est pas du tout "mon" Jacques à moi, alors je vous laisse vous élever avec ce "géant" de papier. Pour ma part, j'habite à 1222 mètres, dans le voisinage de trois ânes très doux. Jacques parlait bien des animaux, du jazz et de la peinture, entre autres, et je regrette de n'avoir pas eu le temps de l'accueillir ici de son vivant. Mais il n'est pas mort à mes yeux. Je suis entouré de tous ses livres et je les regardais ce soir avec reconnaissance. Quelle oeuvre ! Quel bonhomme! Quel emmerdeur ! Ah, quand il me téléphonait à trois heures du matin pour me dire ses angoisses ! Ah l'écrabouilleur ! Ah l'inquiet et le jaloux qui jalousait tous ceux qui l'inquiétaient, de Bouvier à Jaccottet ! Mais ah le grand artisan et l'artiste inspiré, ah le naïf et l'obstiné - c'est Proust qui dit que le génie n'est peut-être que de l'obstination -, ah quand il parlait de ses fils ou de ses visites avec sa douce du vieux Bazaine, ah le ciseleur qui corrigeait ses poèmes avec Bernard Campiche comme un élève appliqué, ah le fidèle et le félon, ah l'homme blessé, le fils malheureux de son père et le fils cruel de sa mère, voilà la Littérature, mon cher Peter, ce n'est pas le salut au drapeau de Gloire mais la vie filtrée, la beauté sur la terre tirée de toutes nos misère, et repose le poète et faisons qu'il survive en le lisant...

A vous, Peter Rothenbühler, sans rancune je l'espère...

Jlk

Écrit par : JLK | 12/10/2009

Sans rancune. Le sujet m'intéresse, c'est tout. Je vous répondrai plus longuement ce soir. A+

Écrit par : rothenbuehler | 12/10/2009

Jacques Chessex (prix Goncourt 1973) et sa captivante "confession" :

http://lesseptembriseurs.blogspot.com/2009/11/une-trame-puissante.html

Écrit par : Gustave | 11/11/2009

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