19/12/2011 14:22 Publié dans A propos de tout (ma chronique dans Le matin) | Lien permanent | Commentaires (0)

Bienne

"Biel-Bienne se met sur son trente et un"

Quatre questions à Peter Rothenbühler, directeur éditorial adjoint chez Edipresse
 
Votre plus grand succès de ces derniers mois?
J’ai pu piloter la nouvelle formule du plus grand quotidien de Suisse romande, «Le Matin». Nous avons complètement revu son layout, en collaboration avec la rédactrice en chef Sandra Jean et le designer de presse Nata Rampazzo de Paris, et c’était un processus créatif intéressant. Le succès était que dans nos tests sur le nouveau «Matin», les lecteurs lui ont attribué une bonne note. Nous avons procédé au même exercice avec notre revue TV « TéléTop Matin », que nous avons transformée en un magazine intéressant, permettant au téléspectateur de faire rapidement ses choix dans l’abondance de l’offre. Cette nouveauté a été, elle aussi, accueillie avec enthousiasme par le public.
 
Votre plus grand souci actuel?
A vrai dire, je ne me fais en principe pas trop de gros soucis. En fait, mon souci devrait être l’avenir incertain des médias imprimés. Mais je suis dans la branche depuis assez longtemps pour savoir que seules les vraies crises – celles qui inquiètent beaucoup de gens – permettent l’émergence de vraies avancées. Pour un créatif comme moi, les soucis des autres sont une chance. Les pires périodes ont toujours été celles où tout le monde était repu et satisfait, où les affaires ronronnaient et où personne ne se faisait réellement de souci.
 
Qu'est-ce qui vous a récemment réjoui dans la région?
L’exposition d’Yvan Kohler au Musée Neuhaus, qui est unique au monde: un vidéaste filmant pendant plusieurs années les changements de sa ville. Je n’en revenais pas de découvrir tout ce qui a déjà été démoli et reconstruit à Biel-Bienne. Et tout ce qui est nouveau n’est pas forcément détestable: Biel-Bienne se met sur son trente et un, et ça me fait plaisir. Ce qui me fâche est que le directeur de ce Musée n’entreprenne absolument rien pour promouvoir de telles expositions à l’extérieur. Avec ce genre d’attitude, Biel-Bienne n’avancera pas sur le plan culturel.
 
Et où voyez-vous un potentiel de développement pour la région?
Biel-Bienne renforcera sans aucun doute son caractère de Boom-Town, parce que cette ville a une dimension qui manque aux autres: son ouverture sous tous les rapports, géographique, social, culturel et économique. Le bilinguisme est bien la manifestation de l’acceptation des autres tels qu’ils sont. Biel-Bienne avait garanti aux horlogers francophones immigrés qu’ils pourraient rester eux-mêmes. C’est un phénomène intéressant, alors que l’on exige actuellement, et avec une telle force, l’intégration totale de tous ceux qui pensent ou vivent autrement. Beaucoup de gens perçoivent de façon négative le fait que, précisément, tant de musulmans se sentent à l’aise à Biel-Bienne. Mais je suis persuadé que cette marque d’ouverture est due à ce Spirit of Biel, à cet esprit biennois, qui fait que l’on éprouve immédiatement un sentiment d’appartenance, et que l’on se sente intégré, reconnu en tant que citoyen égal en droits, tout en ayant la possibilité de rester soi-même. C’est vrai pour les Schaffhousois, comme pour les Italiens, les Ukrainiens ou les Marocains. Biel-Bienne se tient à l’écart de ce provincialisme auto-satisfait (celui du «y en a point comme nous») propre à Zurich ou à Lausanne.
 
Novembre 2011

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