01/04/2011

Jean-Daniel Gerber

Départ d’un grand

 Les trains qui partent à l’heure et ne déraillent pas ne font pas les gros titres. Ainsi, l’annonce que M. Jean-Daniel Gerber, directeur du SECO, ancien chef de l’Office fédéral des migrations, ancien directeur exécutif auprès du Groupe de la Banque mondiale, partira à la retraite fin mars, n’émeut pas les foules. Je parie que 80% des lecteurs ne savent pas qui est M. Gerber, alors qu’il a été responsable pendant des années de quelques-uns des problèmes les plus épineux de la Confédération: les réfugiés, la politique économique, le marché du travail, etc. C’est que M. Gerber a été excellent dans tout ce qu’il a touché. Cet homme de grande culture, respecté par tous, est resté modeste dans le contact quotidien avec les citoyens. Jamais l’objet d’un scandale, ses prises de position étaient pourtant souvent très courageuses, mais aussi fondées. Il partira sans faire de bruit. Nous ne pouvons que le remercier.

L'expert rêvé!

L’expert rêvé

 On s’interroge sur l’avenir du nucléaire. A qui faire confiance? Les nouvelles sont alarmantes, les politiciens surfent sur la vague de la peur, les experts défilent sur les plateaux de télévision et ne nous inspirent pas toujours confiance. Sauf un. Un homme qui pourrait jouer les notaires de campagne au cinéma, un monsieur tranquille aux yeux très éveillés derrière des lunettes rectangulaires, la moustache grise, le costume sobre, il s’appelle Hans-Björn Püttgen, il est directeur de l’Energy Center de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). En quelques jours, Püttgen s’est construit une aura de crédibilité extrêmement solide. L’homme ne s’excite pas, il est sans a priori, il explique, il dit ce qu’il sait, tout ce qu’il sait, et il en sait beaucoup. C’est un homme libre, l’expert rêvé.

27/02/2011

Charles Poncet et la Libye

«BUSINESS AS USUAL»

Voyant ce qui se passe en Libye, on aurait attendu quelques mots graves de la part de l’avocat genevois Charles Poncet, qui a défendu les intérêts de la famille Kadhafi contre l’Etat de Genève et nos confrères de la Tribune de Genève. Des mots de sympathie pour les insurgés, par exemple. Peut-être même quelques mots de désaveu pour ses clients libyens qui se révèlent encore pires qu’imaginé. Que disait-il à la radio à propos de ses rapports avec ce régime de terreur? «Business as usual.» Et il l’a même répété: «Business as usual.» De plus, il s’est moqué des ambassadeurs de Libye «qui se découvrent une conscience démocratique» après avoir servi vingt ans ce gouvernement. Si seulement lui aussi se découvrait enfin une conscience dans ses rapports avec le clan Kadhafi.

10/01/2011

Le foulard

Le foulard

La RSR peut-elle engager une journaliste qui porte le foulard islamique? La question est mal posée. On n’engage pas une journaliste pour ses habits, sa coiffure ou ses bijoux. On l’engage d’abord pour ses qualités professionnelles. Si le meilleur candidat ou la meilleure candidate vient du canton d’Appenzell et porte une petite vachette dans l’oreille ou si un garçon porte les cheveux longs par conviction ou s’il ou elle sort d’un milieu très catholique, peu importe.

Je connais bien la candidate qui suscite actuellement une polémique de dimension nationale et à laquelle participent nombre de politiciens de tous bords (comme si la RSR leur appartenait), sans se demander un instant quelles sont les qualités professionnelles de la candidate! Quand je lis que des politiciens catholiques du PDC prétendent tout de go qu’une personne portant le foulard ne pourra jamais être objective, je rigole. Quel journaliste est sans convictions personnelles qui transparaissent dans ses commentaires ou même dans ses comptes rendus? Soyons sérieux: il s’agit en l’occurrence d’une étudiante suisse d’origine égyptienne, binationale qui parle parfaitement le français et l’arabe. Pour le moment, elle ne veut pas apparaître personnellement dans les médias, elle ne voit aucun intérêt d’entrer dans la polémique et elle a bien raison. Elle a fait son master à l’Académie du journalisme et des médias à l’Université de Neuchâtel, où j’ai le plaisir de donner quelques cours.

Appelons-la Aicha (ce n’est pas son vrai nom). Aicha nous a vite fait oublier son foulard, elle s’est distinguée d’abord par ses qualités intellectuelles, sa curiosité, son ouverture d’esprit. Excellente dans les recherches comme dans l’écriture, elle a fait de très bonnes notes et à aucun moment elle aurait exprimé des opinions teintées de fanatisme ou d’intolérance. J’ai eu des étudiants écologistes ou féministes fondamentalistes qui se sont montrés bien moins «objectifs». Bref, j’engagerais immédiatement Aicha, si j’étais à la place de Jean-Jacques Roth, le chef de l’information de la Radio Télévision suisse. C’est une chance pour la Radio romande de disposer d’une journaliste ouverte au monde, capable de communiquer avec les nombreux musulmans vivant en Suisse et de voyager sans aucun problème dans le monde arabe. Je ne vois même pas d’inconvénient à la faire paraître plus tard à la télévision, avec son foulard. Jugeons-la par ce qu’elle fait et dit et non par ce qu’elle porte sur la tête.