23/05/2011

Cher Oscar Freysinger

Cher Oscar Freysinger,

ce n’est pas une bonne idée d’inviter le Hollandais d’extrême droite Geert Wilders pour parler des musulmans, c’est-à-dire pour bouffer du musulman. Vous la jouez bon enfant, vous parlez d’une personne «prestigieuse» qui aura la chance de découvrir les montagnes et la raclette à Savièse. Mais votre initiative n’est qu’une simple provocation qui vous garantira une visibilité maximale en cette période de campagne électorale. Avec ce cercle vicieux de communication bien connu qui fera de vous le chantre de la liberté d’expression. Et des manifestants qui vous feront le plaisir de s’opposer, des vilains trublions de l’ordre public et du débat démocratique. Seulement, cette fois, il est trop évident qu’il ne s’agit pas de hausser le niveau du débat – nécessaire – sur ce que vous appelez «l’islamisation de notre société», mais juste de faire du bruit autour de vous, de plus, avec l’aide d’un étranger. Je croyais, avec d’autres, que vous n’aviez de commun avec Wilders qu’une coiffure étrange et ce côté éternel gamin jouant avec le feu. Dommage que vous viriez encore un peu plus à droite. Mais j’en connais qui se réjouissent: Christophe Darbellay ouvrira grands ses bras aux brebis égarées du PDC, qui retourneront au bercail, dégoûtés par votre pas de deux avec Wilders.

Cordialement,

Peter Rothenbühler

04/05/2011

Cher Patrick Ferla

Cher Patrick Ferla,

Grand fan de vos émissions de radio, je vous croyais foncièrement bon et amical. Et voilà que je découvre que vous pouvez aussi être mufle et inélégant. Voyez-vous de quoi je veux parler? Je l’espère. Difficile de penser que «la phrase qui tue» dans votre «message du président» dans le programme du Salon du livre vous ait échappé par inadvertance. Vous écrivez: «Succédant au fondateur du Salon (…), l’éditeur Pierre-Marcel Favre, j’ai souhaité remettre l’écriture et la création au premier plan de ce grand rendez-vous culturel.» «Break the code», disent les Américains, déchiffrons: heureusement que Zorro Ferla est arrivé pour mettre un peu d’ordre.

Mon prédécesseur, à qui je ne dois ni remerciements ni hommage ni mon nouveau job, a négligé l’essentiel, l’écriture et la création. Voilà le message subliminal que vous envoyez à la figure de celui qui a le mérite d’avoir créé le Salon et qui en vingt-cinq  ans en a fait l’institution magnifique dont vous avez pu hériter sur un plateau de desserts. Il a même soutenu votre candidature, malgré votre âge avancé. Heureusement, en me promenant dans les allées du Salon, hier, j’ai pu constater avec plaisir que l’écriture et la création sont encore exactement là où PMF les avait installées: au centre. Je suppose que des excuses s’imposent.

Cordialement, Peter Rothenbühler

03/04/2011

Cher Jean Ziegler,

Cher Jean Ziegler,

Vous vous défendez plutôt mal, ces jours. On vous attaque à cause de vos relations passées avec le colonel Kadhafi, en particulier de ce fameux prix que la fondation Kadhafi vous aurait attribué. Salzbourg vient de vous retirer une prestigieuse invitation. Et que faites-vous? Vous gesticulez devant des caméras, vous lancez des contre-attaques (le refus de Salzbourg serait une intrigue des sponsors) – et comme pour vous tirer d’affaire une fois pour toutes – vous déclarez que le colonel Kadhafi est tout simplement devenu fou. Ne voyez-vous donc pas qu’en disant cela, vous êtes en train de l’excuser, une fois de plus?

Un dictateur devenu fou qui tire sur son peuple n’est pas responsable de ses actes, donc innocent. Et quand il n’était pas fou, quand il a fait tuer des Européens et des Américains, avait-il de bonnes raisons de le faire, était-il plus fréquentable, d’après vous?

Selon toute vraisemblance Kadhafi n’est ni plus ni moins fou qu’à l’époque où il lisait vos livres et qu’il en a débattu avec vous sous sa tente. Je ne vois pas pourquoi il est si difficile pour vous de simplement et très clairement dire et assumer comment les choses se sont passées entre vous et lui. Il n’y a pas de honte à visiter des dictateurs. On vous pardonnera tout, sauf de nous envoyer de la poudre aux yeux…

Cordialement, Peter Rothenbühler

01/04/2011

Cher Johnny Hallyday

Cher Johnny Hallyday,

Et si vous étiez Jésus? On dit qu’une star devient mythe quand elle meurt jeune (Marilyn, James Dean). Mais on peut faire mieux: d’abord mourir (un peu), puis ressusciter. Comme lui, comme vous. Et ça, juste avant Pâques. On doit remplacer les lapins de Pâques par des Johnny en chocolat et dire bravo à votre management! La mise en scène est réussie, elle rappelle furieusement l’autre ressuscité, à qui vous ressemblez toujours plus, d’ailleurs.

Les nouvelles photos montrent un homme qu’on croit avoir croisé à l’école du dimanche déjà. Eh oui, sur le CD, Johnny aux bras écartés, avec cette croix tatouée sur la poitrine, il y a quelque chose du Golgotha dans cette image. Et ça marche, ça plaît, ça atteint sa cible: la France va mal, Sarko, Le Pen et DSK, tous des nuls… la nation déprime. Qui sortira les Français de leur état de léthargie collective, ne serait-ce que pour quelques heures? La seule idole de la nation, Johnny. Avec lui, nous ne serons plus «Jamais seul» (titre de votre CD). Johnny nous sauve de la déprime.

Regardez la prière collective organisée par les médias français. Tous à genoux, sur le tapis, à vous écouter religieusement raconter votre chemin de croix, la trahison des Judas, la résurrection, votre madone adorée et d’autres choses profondes. Le coup est réussi, tellement bien réussi qu’à mon tour, devant tant de génie de marketing, je ne peux que dire: messie, euh, merci Johnny. Amen.

Cordialement, Peter Rothenbühler